Dossier

Entretien des réseaux d'évacuation d'un parc tertiaire : construire le plan de maintenance

Un immeuble qui enchaîne les curages n'a pas un problème de curage, il n'a pas de plan. Ce guide s'adresse à ceux qui pilotent un ou plusieurs sites : ce qu'il faut connaître de son réseau avant de planifier, ce que traite chaque méthode, à quelle fréquence contrôler chaque ouvrage, comment comparer trois devis qui ne parlent pas de la même chose, et comment inscrire le tout au budget d'exploitation.

Mis à jour le · Rédaction ALSBOM

Le cycle que le plan doit casser

Le scénario est connu de tous les gestionnaires : un refoulement en pied de colonne, une entreprise de curage appelée en urgence, une facture majorée pour la nuit ou le week-end, trois semaines de calme, puis un écoulement lent au même étage. À la troisième intervention, le curage a coûté le prix d'un contrat annuel et le réseau n'est pas en meilleur état.

Ce cycle a une cause simple : le curage traite la conséquence (les dépôts) et jamais le mécanisme qui les produit (graisses, savons, tartre, biofilm, dépôts qui fermentent). Sur un parc de plusieurs sites, il devient un poste de dépenses imprévisible, réparti sur des lignes d'urgence que personne ne consolide.

Ce que coûte réellement une urgence, au-delà de la facture :

  • des sanitaires condamnés sur un plateau, et le preneur qui le fait savoir ;
  • un dégât des eaux à déclarer, avec une franchise et une expertise ;
  • des heures de gestionnaire pour trouver un prestataire disponible, valider un devis sans le comparer, expliquer l'incident ;
  • un réseau fragilisé par des curages haute pression répétés sur des colonnes anciennes.

Connaître son réseau avant de planifier

Un plan qui ne repose pas sur un inventaire est une liste d'intentions. Quatre informations suffisent pour commencer, et l'inspection caméra fournit les trois dernières.

Ce qu'il faut savoirPourquoiOù le trouver
L'inventaire des ouvrages : colonnes d'eaux usées et d'eaux vannes, collecteurs, bacs à graisses, fosses et pompes de relevage, ventilation primaire, siphons de solChaque ouvrage a son mode de dégradation et son propre rythmePlans du bâtiment, visite technique, nomenclature du prestataire
L'état initial, tronçon par tronçon : dépôts, réduction de section, contre-pentes, casses, jointsDistinguer ce qui demande une remise à niveau de ce qui demande un simple suiviRapport d'inspection caméra daté
Les usages : restaurant d'entreprise, densité d'occupation, plateaux vides, horairesLes graisses d'une cuisine et le tartre d'une batterie d'urinoirs ne s'entretiennent pas au même rythmeLe gestionnaire et le mainteneur du site
Les matériaux et l'âge : fonte, PVC, réseaux repris lors des rénovationsUn curage haute pression n'a pas le même effet sur une colonne en fonte de 1970 et sur du PVC de 2010Diagnostic technique, dossier des ouvrages exécutés, caméra

Curage, détartrage, maintenance biologique : ce que chaque méthode traite

Le vocabulaire des devis mélange tout. « Curage canalisation » désigne tantôt un hydrocurage haute pression, tantôt un passage de furet, tantôt un traitement chimique. Aucune de ces méthodes n'est bonne ou mauvaise en soi : chacune traite un état du réseau et laisse le reste.

MéthodeCe qu'elle traiteCe qu'elle laisseQuand elle a sa place
Hydrocurage haute pression (150 à 250 bar)Graisses, boues, dépôts meubles, sur des longueurs importantesLa cause du réencrassement ; fragilise joints et réseaux anciens à la répétition ; consomme beaucoup d'eauRemise à niveau d'un collecteur très encrassé, réseau récent
Curage mécanique (furet, chaîne)Tartre dur, bouchon localiséLes longueurs, le biofilm ; abrasion, bruit, poussièresDébouchage ponctuel, tartre ancien d'une colonne d'eaux vannes
Détartrage chimiqueTartre, à condition d'un temps de contactUn réseau attaqué, des rejets à justifier, un risque pour les intervenantsÀ éviter dans un immeuble occupé et sous certification environnementale
Curage doux basse pression (ALSBIO 360)Dépôts d'un réseau fragile ou ancien, sans agresser les paroisLe réencrassement, comme tout curage, s'il n'est pas suiviRemise à niveau avant un entretien continu
Maintenance biologiqueLa formation des dépôts elle-même : bactéries et enzymes digèrent graisses, tartre et biofilm en continuUn réseau cassé ou en contre-pente (elle n'est pas une réparation)Entretien préventif de tout le parc, après remise à niveau

Le comparatif détaillé entre hydrocurage et maintenance biologique, avec la consommation d'eau et l'effet sur la durée de vie des réseaux, fait l'objet d'un article du dossier.

Fixer les fréquences ouvrage par ouvrage

Il n'existe pas de fréquence réglementaire générale pour le curage des colonnes d'un immeuble de bureaux. Les prestataires traditionnels proposent un passage tous les deux à cinq ans ; dans les faits, la bonne fréquence dépend de l'ouvrage, de l'usage et de l'état initial. Le tableau donne les ordres de grandeur que nous appliquons sur les sites suivis, à ajuster après le premier rapport caméra.

OuvrageCe qui le dégradeContrôleFréquence indicativePreuve à conserver
Colonnes d'eaux vannes (sanitaires, urinoirs)Tartre urinaire et calcaire, matièresÉcoulements, inspection caméra cibléeTraitement continu ; caméra tous les un à deux ansRapport caméra daté, courbe des interventions
Colonnes et collecteurs d'eaux usées (offices, restauration)Graisses, savons, biofilmÉcoulements, points de refoulementTraitement continu ; caméra annuelle sur les tronçons de cuisineRapport caméra, historique des refoulements
Bacs à graisses et séparateursSaturation en graisses, fermentation, odeursNiveau de graisses, état des cloisonsContrôle mensuel à trimestriel selon le nombre de couverts ; entretien selon le règlement d'assainissement localBordereaux de suivi des déchets, registre d'entretien
Fosses et pompes de relevageDépôts, flotteurs bloqués, corrosion par l'H₂SFonctionnement des pompes, niveau, odeursContrôle trimestriel, nettoyage au moins annuelCompte rendu de visite
Ventilation primaireObstruction en toiture, coupure lors de travauxVisuel en toiture terrasseContrôle annuel, et après tous travaux de toiturePhoto datée
Siphons de sol et points d'eau peu utilisésÉvaporation de la garde d'eauRemise en eau, siphons à garde permanenteConsigne d'exploitation mensuelle sur les plateaux videsFiche de ronde

Les bacs à graisses méritent une mention : c'est le seul ouvrage dont l'entretien est encadré par le règlement d'assainissement de la collectivité, avec des justificatifs à présenter en cas de contrôle. Sur un site de restauration collective, il concentre aussi la majorité des odeurs et des refoulements.

Lire un devis de curage sur un immeuble : la grille de comparaison

Trois devis pour la même colonne peuvent aller du simple au triple sans que l'un soit malhonnête : ils ne décrivent pas la même prestation. Avant de comparer les prix, il faut comparer les lignes suivantes.

Ligne du devisCe qu'il faut y lireCe qui manque souvent
PérimètreQuelles colonnes, quels tronçons, du regard au pied de colonne ou jusqu'aux plateaux« Curage du réseau » sans plan ni nomenclature
MéthodePression, buse, produit, ou traitement biologique ; effet attendu sur un réseau ancienLe mot « curage » seul
Accès et hauteurPassage par les gaines, hauteur des colonnes, matériel de levage, autorisations du siteLe supplément découvert le jour de l'intervention
HorairesJournée, nuitée, week-end, coordination avec le PC sécurité, information des occupantsLa majoration hors heures ouvrées
Évacuation des déchetsVolume estimé, filière, bordereau de suivi remis au gestionnaireLa ligne d'évacuation absente, puis facturée
LivrablesRapport avec photos, état avant et après, préconisationsUne facture sans compte rendu
Récurrence et garantieCe qui se passe si le problème revient : nouvelle intervention facturée, ou engagement de résultatRien : le devis vaut pour une fois

Qui fait quoi : propriétaire, gestionnaire, preneur, mainteneur

La répartition des rôles évite les discussions au moment du sinistre. En immeuble tertiaire, la règle distingue les parties communes des parties privatives.

  • Propriétaire : maintien des réseaux communs en état, gros travaux (remplacement d'une colonne, reprise d'un collecteur), qui ne peuvent pas être refacturés au preneur d'un bail commercial depuis le décret du 3 novembre 2014.
  • Property manager : plan d'entretien, contrats, historique, arbitrage des devis, information des preneurs ; il porte le sujet pour le compte du propriétaire.
  • Preneur ou exploitant : bon usage, équipements privatifs (siphons, appareils, raccordements d'un office ou d'une cuisine), signalement rapide des anomalies ; l'entretien courant des communs lui est le plus souvent refacturé en charges selon le bail.
  • Mainteneur multitechnique : exploitation quotidienne ; il sous-traite en général le réseau d'évacuation à un spécialiste et attend de lui un reporting qu'il puisse transmettre.

Un contrat d'entretien qui précise qui appelle, qui paie et dans quel délai est aussi une pièce utile face à l'assureur et aux référentiels d'exploitation (HQE Exploitation, BREEAM In-Use), qui demandent une maintenance planifiée et documentée.

Inscrire le plan au budget d'exploitation

Le plan transforme un poste subi en ligne budgétaire. La comparaison se fait sur un exercice complet, urgences comprises : ce que le site a payé en curages, débouchages, majorations et dégâts sur les douze derniers mois, contre une redevance annuelle connue.

  1. Consolider l'historique : toutes les interventions sur les réseaux, site par site, avec leur coût complet.
  2. Chiffrer la remise à niveau, une fois : inspection caméra, curage doux des tronçons encrassés, réparations relevées.
  3. Chiffrer l'entretien récurrent par point d'évacuation et par ouvrage, avec la garantie associée.
  4. Répartir : ce qui relève du propriétaire (travaux) et ce qui passe en charges d'exploitation (entretien), selon le bail.

Les facteurs qui font varier le montant (nombre de points d'évacuation, restauration, hauteur, horaires) sont détaillés dans notre page sur les prix et le contenu d'un contrat.

Suivre et prouver

Un plan se juge sur quatre indicateurs, à relever chaque trimestre et à présenter au propriétaire une fois par an.

  • Nombre d'interventions d'urgence sur les réseaux, par site : c'est la courbe qui doit tendre vers zéro.
  • Plaintes d'occupants liées aux écoulements et aux odeurs.
  • État du réseau : part des tronçons dégradés au dernier rapport caméra, comparée au rapport initial.
  • Traçabilité : bordereaux de déchets, comptes rendus, rapports, disponibles le jour d'un contrôle ou d'une cession.

Comment ALSBOM construit ce plan

  1. Audit caméra : inspection HD des colonnes et collecteurs, nomenclature de chaque point d'évacuation, rapport tronçon par tronçon.
  2. Remise à niveau : curage doux basse pression des sections encrassées, reprise des désordres relevés.
  3. Maintenance biologique : traitement préventif dosé selon les usages de chaque colonne, bacs à graisses et fosses compris.
  4. Suivi : contrôles périodiques, rapports intermédiaires, interventions en horaires ouvrés ou en nuitée, interlocuteur unique.

Ce déroulé est en place depuis plus de dix ans sur des sites comme Cœur Défense (2 196 points d'évacuation), les Tours Duo, Europlaza, où douze ans d'interventions d'urgence ont cessé après la remise à niveau, ou le Tribunal judiciaire de Paris. Le contrat engage un résultat : le maintien des écoulements.

Questions fréquentes

Le curage des canalisations est-il obligatoire dans un immeuble de bureaux ?

Aucun texte général n'impose une fréquence de curage des colonnes d'un immeuble tertiaire. Le propriétaire doit maintenir ses réseaux en état de fonctionnement et respecter le règlement d'assainissement de sa collectivité, qui encadre en particulier les bacs à graisses et la qualité des rejets. Un entretien documenté est la meilleure protection en cas de sinistre.

À quelle fréquence faut-il curer les colonnes d'un immeuble ?

Les prestataires traditionnels proposent tous les deux à cinq ans. La bonne réponse dépend de l'ouvrage, de l'usage et de l'état initial mesuré à la caméra : une colonne de restaurant d'entreprise s'encrasse en quelques mois, une colonne de bureaux en plusieurs années. Un entretien continu rend le curage exceptionnel.

Quelle différence entre une entreprise de curage et un contrat de maintenance ?

L'entreprise de curage vend un passage : elle intervient, facture, et revient quand on l'appelle. Un contrat de maintenance engage un résultat dans le temps, avec un plan, des contrôles, un reporting et une garantie sur les écoulements. Le second coûte en général moins qu'une année d'urgences.

Le curage haute pression abîme-t-il les canalisations ?

Répété, oui : il fragilise les joints, les manchons et les réseaux anciens en fonte. C'est pourquoi la remise à niveau d'un réseau fragile se fait à basse pression, puis l'entretien biologique évite d'avoir à recommencer.

Qui paie l'entretien des canalisations dans un immeuble de bureaux ?

Les gros travaux (remplacement d'une colonne) sont à la charge du propriétaire et ne peuvent pas être refacturés en bail commercial. L'entretien courant des réseaux communs est le plus souvent réparti en charges selon le bail ; les équipements privatifs relèvent du preneur.

Combien de temps dure une remise à niveau d'un réseau d'immeuble ?

Une colonne se traite en quelques heures ; un réseau complet demande une à plusieurs journées selon le nombre de colonnes et l'accès aux regards. Sur un site occupé, ALSBOM planifie ces interventions en nuitée ou en horaires décalés.

Un site pilote pour commencer ?

Un premier échange par téléphone sur votre parc, puis un audit de l'état des réseaux sur le site de votre choix : c'est ainsi que commence chaque contrat de maintenance biologique.

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