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Fréquence de curage des colonnes : ce qui la fait varier d'un site à l'autre
« Tous les deux ans » sur un devis, « tous les cinq ans » sur l'autre, et aucun des deux ne dit pourquoi. La fréquence de curage d'une colonne n'est pas une règle, c'est une mesure : celle de la vitesse à laquelle elle s'encrasse. Cet article donne les facteurs qui la font varier d'un site à l'autre, et d'une colonne à l'autre dans le même immeuble.
Ce que disent les textes, et ce qu'ils ne disent pas
Il n'existe pas de fréquence réglementaire de curage pour les colonnes d'eaux usées et d'eaux vannes d'un immeuble tertiaire. Le propriétaire doit maintenir ses réseaux en état de fonctionnement ; le règlement sanitaire départemental encadre la salubrité et l'évacuation des eaux ; le règlement d'assainissement de la collectivité fixe des obligations d'entretien pour un seul ouvrage, le bac à graisses. Les référentiels d'exploitation (HQE Exploitation, BREEAM In-Use) demandent une maintenance planifiée et documentée, sans imposer de périodicité.
Autrement dit, la fréquence est une décision de gestion. Le plan de maintenance des réseaux la fixe ouvrage par ouvrage, à partir de l'état initial et de l'usage, puis la corrige avec les rapports caméra. Ce qui suit explique sur quoi la décision repose.
Les huit facteurs qui font varier la fréquence
| Facteur | Ce qu'il change | Effet sur la fréquence |
|---|---|---|
| Usage de la colonne : sanitaires et urinoirs | Tartre urinaire et calcaire en couches dures ; les urinoirs sans eau ou à faible débit concentrent l'urine | Une batterie d'urinoirs entartre sa colonne en un à deux ans sans traitement |
| Usage de la colonne : office, restaurant d'entreprise | Graisses, savons, matières organiques ; dépôts meubles qui fermentent | Quelques mois sur une colonne de cuisine chargée, sans bac à graisses efficace en amont |
| Densité d'occupation | Volume évacué et matières par jour | Un plateau dense encrasse plus vite qu'un plateau à mi-occupation |
| Dureté de l'eau | Une eau calcaire dépose davantage ; l'eau distribuée en Île-de-France est dure sur une grande partie du territoire | Accélère l'entartrage des colonnes d'eaux vannes |
| Matériau et âge | La fonte ancienne, rugueuse et corrodée, accroche les dépôts ; le PVC lisse les retient moins | Une colonne en fonte de 1970 s'encrasse plus vite qu'une colonne en PVC de 2010, à usage égal |
| Pente, diamètre, coudes | Une contre-pente ou un coude serré crée une stagnation | Encrassement localisé, souvent au même endroit à chaque fois |
| Ventilation primaire et plateaux vides | Sans ventilation, les dépôts fermentent ; sur un plateau vide, les débits sont trop faibles pour entraîner les matières | Encrassement et odeurs plus rapides depuis le passage au flex office |
| Historique des curages haute pression | Chaque passage laisse des parois plus rugueuses | Les intervalles se raccourcissent d'une campagne à l'autre |
Un neuvième facteur les domine tous : l'entretien entre deux passages. Une colonne sous traitement biologique continu ne reforme pas ses dépôts, et la question de la fréquence de curage disparaît avec eux.
Deux colonnes du même immeuble n'ont pas la même fréquence
C'est l'erreur des devis « curage du réseau, tous les N ans » : ils appliquent une périodicité unique à des colonnes qui vivent à des rythmes différents. Sur un immeuble de bureaux avec restaurant d'entreprise, on trouve typiquement trois rythmes :
- La colonne d'eaux vannes d'une batterie d'urinoirs : tartre dur, section réduite en douze à vingt-quatre mois, refoulements en pied de colonne.
- La colonne d'eaux usées de la cuisine : graisses, odeurs et refoulements en quelques semaines si le bac à graisses est saturé, en quelques mois sinon.
- La colonne d'un plateau de bureaux standard : lavabos et sanitaires à usage normal, plusieurs années avant qu'une réduction de section devienne gênante.
Curer les trois à la même date, c'est curer la première trop tard, la deuxième trop tard aussi, et la troisième pour rien. Le plan fixe donc une fréquence par colonne, et le devis de curage doit nommer les colonnes qu'il traite.
Mesurer plutôt que deviner : la vitesse d'encrassement
La seule donnée fiable est la comparaison de deux rapports d'inspection caméra espacés d'un à deux ans, colonne par colonne : réduction de section au premier rapport, réduction au second. La différence donne la vitesse, et la vitesse donne la fréquence.
| État au dernier rapport | Vitesse d'encrassement | Décision |
|---|---|---|
| Section réduite de moins d'un tiers, dépôts meubles | Lente (quelques points par an) | Aucun curage ; entretien continu et contrôle dans deux ans |
| Section réduite de moins d'un tiers, dépôts durs | Modérée | Traitement biologique du tartre en place ; contrôle dans un an |
| Section réduite de plus d'un tiers, symptômes (refoulements, écoulements lents) | Rapide | Remise à niveau, à basse pression sur une colonne ancienne, puis entretien continu |
| Défaut structurel (casse, joint ouvert, contre-pente) | Sans objet | Réparation ponctuelle, pas un curage |
Ce que fait l'entretien continu à la fréquence
Sur les sites suivis par ALSBOM, la séquence est toujours la même : audit caméra pour fixer l'état de référence, remise à niveau des tronçons qui le demandent, puis traitement biologique dosé par colonne, avec deux passages par mois pour contrôler les points d'évacuation et un contrôle caméra tous les un à deux ans sur les tronçons sensibles.
- Année 1 : état de référence, remise à niveau, mise en place du traitement. C'est l'année où l'on cure encore, une fois.
- Année 2 : premier rapport de contrôle. La vitesse d'encrassement mesurée doit être proche de zéro sur les colonnes traitées.
- Années suivantes : le curage n'est plus programmé, il est déclenché par un constat caméra, et il devient exceptionnel.
C'est ce qui s'est passé sur la tour Europlaza : après douze ans d'interventions d'urgence, la remise à niveau puis l'entretien continu ont fait disparaître les curages programmés. La fréquence n'a pas été optimisée, elle a cessé d'être un sujet.
Questions fréquentes
Faut-il curer les colonnes d'un immeuble de bureaux tous les ans ?
Non, aucun texte ne l'impose et rien ne le justifie sur une colonne saine. La fréquence dépend de l'usage, du matériau et de l'état mesuré à la caméra ; sous entretien continu, le curage devient exceptionnel.
Quelle fréquence pour la colonne d'un restaurant d'entreprise ?
Sans bac à graisses efficace et sans traitement, quelques mois avant les premiers refoulements. Avec un bac entretenu et un traitement biologique continu, la colonne ne reforme pas ses dépôts et se contrôle une fois par an à la caméra.
Un curage préventif annuel est-il une bonne pratique ?
C'est une habitude coûteuse : il cure des colonnes qui n'en ont pas besoin et fragilise les colonnes anciennes à chaque passage. La bonne pratique est un contrôle caméra périodique et un entretien continu, avec un curage seulement sur constat.
Comment savoir si une colonne doit être curée ?
Par un rapport d'inspection caméra qui mesure la réduction de section et la nature des dépôts, comparé au rapport précédent. Au-delà d'un tiers de section perdue avec des symptômes, une remise à niveau se justifie ; en dessous, l'entretien suffit.
Le dossier complet : construire le plan de maintenance
Cet article fait partie du dossier sur l'entretien des réseaux d'évacuation d'un parc tertiaire : méthodes, fréquences, lecture des devis, budget.
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