Dossier
Décret tertiaire et réseaux d'évacuation : ce qu'il impose, et ce qu'il n'impose pas
Un asset manager qui lit le décret tertiaire cherche ce qu'il doit faire de ses réseaux. La réponse honnête tient en une phrase : rien, le texte ne parle que d'énergie. Ce guide explique ce que le décret impose réellement, quels textes encadrent les réseaux d'évacuation, et pourquoi les deux sujets finissent quand même sur le même bureau, à la même échéance.
Ce que le décret tertiaire impose
Le dispositif, souvent appelé Éco Énergie Tertiaire, vise la consommation d'énergie finale des bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire dont la surface de plancher est supérieure ou égale à 1 000 m². Il concerne les propriétaires comme les preneurs, chacun pour les consommations qu'il maîtrise, et la répartition des obligations est fixée par le bail ou par convention.
| Point | Ce que dit le texte |
|---|---|
| Bâtiments concernés | Usage tertiaire, surface cumulée de 1 000 m² ou plus, y compris dans un bâtiment à usage mixte |
| Objectifs | Réduction de la consommation d'énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence postérieure à 2010, ou atteinte d'un seuil en valeur absolue fixé par arrêté selon la catégorie d'activité |
| Déclaration | Chaque année, avant le 30 septembre, sur la plateforme OPERAT gérée par l'ADEME : consommations de l'année écoulée, année de référence, surfaces, indicateurs d'intensité d'usage |
| Modulations | Possibles pour contraintes techniques, architecturales ou patrimoniales, coût manifestement disproportionné, ou changement d'activité, sur dossier technique |
| Sanctions | Mise en demeure, publication du nom des assujettis défaillants, amende administrative pouvant atteindre 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale |
Les leviers d'action sont ceux de l'énergie : chauffage, ventilation, climatisation, éclairage, enveloppe, pilotage, usages. Un plan d'actions énergétique bien mené ne mentionne pas les colonnes d'eaux usées, et c'est normal.
Ce qu'il n'impose pas : l'eau, l'assainissement, l'état des réseaux
Le décret ne fixe aucun objectif de consommation d'eau, ne demande aucun état des réseaux d'évacuation, n'impose ni inspection, ni curage, ni fréquence d'entretien. Un asset manager qui cherche une obligation sur ses colonnes dans le texte ne la trouvera pas.
Les textes qui encadrent réellement les réseaux d'un immeuble tertiaire sont ailleurs, et ils sont moins connus :
- Le règlement d'assainissement de la collectivité (commune, intercommunalité ou syndicat) : conditions de raccordement, qualité des rejets, obligation d'installation et d'entretien des bacs à graisses et des séparateurs pour les activités de restauration, justificatifs à présenter.
- Le règlement sanitaire départemental : salubrité des locaux, ventilation, évacuation des eaux usées, entretien des ouvrages.
- Les obligations générales du propriétaire : maintenir l'immeuble et ses équipements en état d'usage, avec les grosses réparations à sa charge (article 606 du Code civil), qu'un bail commercial ne peut plus transférer au preneur depuis le décret du 3 novembre 2014.
- Les référentiels volontaires : HQE Exploitation, BREEAM In-Use, LEED, qui notent la gestion de l'eau, des déchets et la maintenance planifiée des équipements.
Pourquoi les deux sujets finissent sur le même bureau
Si le décret ne parle pas des réseaux, les actions qu'il déclenche les touchent, et le calendrier qu'il impose (2030, 2040, 2050) est celui de la vie des ouvrages. Trois points de jonction, que nous constatons sur les sites suivis.
Les économies d'eau changent ce qui coule dans les colonnes
Robinetteries à faible débit, chasses à double commande, urinoirs sans eau : les programmes de sobriété réduisent les volumes évacués. Moins d'eau pour la même quantité de matières et de tartre, c'est un réseau qui s'encrasse plus vite et des gardes d'eau qui s'évaporent sur les plateaux peu occupés. Un plan de sobriété sans plan d'entretien des réseaux produit des odeurs dans les deux ans.
La ventilation et l'étanchéité du bâti déplacent les gaz
Rééquilibrer une centrale de traitement d'air, réduire les débits de renouvellement, étancher l'enveloppe : autant d'actions énergétiques qui modifient les pressions dans le bâtiment. Un local en dépression aspire les gaz du réseau par le moindre défaut. Les plaintes d'odeurs qui suivent des travaux de performance énergétique ne sont pas une coïncidence.
Le reporting compte l'eau, les déchets et la maintenance
Les certifications d'exploitation et le reporting extra-financier ne s'arrêtent pas à l'énergie. La consommation d'eau des curages hydrodynamiques, les déchets évacués et leurs bordereaux, l'existence d'une maintenance planifiée entrent dans les grilles. Un entretien biologique, qui divise la consommation d'eau par 2,4 par rapport au curage traditionnel et supprime les produits chimiques, se documente dans le même dossier que le plan énergétique.
Le coût de ne rien faire, à l'horizon du décret
Une colonne de chute ne prévient pas. Elle perd de la section pendant des années, se corrode sous l'effet du sulfure d'hydrogène, se fissure à un joint, et se révèle le jour d'un dégât des eaux ou d'une inspection de cession. Son remplacement suppose d'ouvrir les gaines sur toute la hauteur, d'intervenir plateau par plateau chez des preneurs en place, de reloger des sanitaires : un montant sans commune mesure avec un entretien annuel, et une opération que l'on ne provisionne jamais.
L'horizon du décret, dix ans par palier, est précisément celui où une colonne entretenue et une colonne abandonnée divergent. Cinq signaux annoncent une colonne en fin de vie, et aucun ne se voit depuis le hall :
- refoulements récurrents au même pied de colonne malgré les curages ;
- traces d'humidité ou de corrosion en gaine, odeurs persistantes ;
- réduction de section supérieure à un tiers au rapport caméra, dépôts durs, contre-pentes ;
- fissures, déboîtements ou joints ouverts visibles à la caméra ;
- curages haute pression répétés sur un réseau ancien, qui accélèrent la dégradation.
Documenter : le dossier réseaux d'un actif
Ce qu'un propriétaire peut opposer à une expertise, présenter à un acquéreur ou verser à une certification tient en cinq pièces, datées et à jour.
- L'inventaire des ouvrages : colonnes, collecteurs, bacs à graisses, fosses de relevage, ventilation primaire, avec leur nomenclature.
- Les rapports d'inspection caméra, tronçon par tronçon, à l'entrée du contrat puis à intervalle régulier : c'est la seule photographie de l'état réel.
- L'historique des interventions : urgences, remises à niveau, réparations, avec leur coût complet.
- La traçabilité : bordereaux de suivi des déchets, registre d'entretien des bacs à graisses, comptes rendus.
- Le contrat d'entretien et son engagement de résultat, avec la répartition propriétaire, gestionnaire et preneur.
Ce dossier a une seconde utilité : il rend le sujet transmissible. Un property manager qui change, un preneur qui part, une cession : les réseaux ne redeviennent pas une inconnue.
Ce qu'ALSBOM apporte au dossier
ALSBOM entretient les réseaux d'évacuation d'immeubles tertiaires d'Île-de-France depuis 2011, par maintenance biologique après audit caméra, avec garantie de résultat sur les écoulements. Pour un propriétaire, la valeur du contrat se lit dans le dossier qu'il produit : rapports caméra datés, traçabilité des déchets, procédé sans produit chimique et sobre en eau, compatible avec les certifications HQE, BREEAM et LEED, prestataire engagé dans une démarche de management environnemental ISO 14001.
Il est en place sur des actifs certifiés comme Place de Seine (HQE Exploitation), Inspira (BREEAM In-Use), l'Espace EOS et le Tribunal judiciaire de Paris (HQE), et sur des tours de La Défense où le remplacement d'une colonne serait une opération majeure.
Questions fréquentes
Le décret tertiaire oblige-t-il à entretenir ou à inspecter les réseaux d'évacuation ?
Non. Le décret tertiaire ne porte que sur la consommation d'énergie finale des bâtiments tertiaires de 1 000 m² et plus. L'entretien des réseaux d'évacuation relève du règlement d'assainissement de la collectivité, du règlement sanitaire départemental et des obligations générales d'entretien du propriétaire.
Qui est assujetti au décret tertiaire, le propriétaire ou le locataire ?
Les deux, chacun pour les consommations qu'il maîtrise. La répartition des obligations, y compris la déclaration sur OPERAT, est fixée par le bail ou par une convention entre les parties.
Quelles sont les échéances du décret tertiaire ?
Une réduction de 40 % de la consommation d'énergie finale en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence, ou l'atteinte d'un seuil en valeur absolue. La déclaration des consommations se fait chaque année avant le 30 septembre sur OPERAT.
Les économies d'eau ont-elles un effet sur les canalisations ?
Oui. Moins d'eau évacuée pour la même charge de matières et de tartre, c'est un réseau qui s'encrasse plus vite et des siphons qui se désamorcent sur les plateaux peu occupés. Un programme de sobriété doit s'accompagner d'un plan d'entretien des réseaux.
L'entretien des réseaux compte-t-il pour HQE Exploitation ou BREEAM In-Use ?
Oui, au titre de la maintenance planifiée des équipements, de la gestion de l'eau et des déchets. Un entretien biologique documenté, sans produit chimique et sobre en eau, alimente ces grilles avec les mêmes pièces que le dossier énergétique.
À quel âge faut-il inspecter les colonnes d'un immeuble de bureaux ?
Dès l'entrée dans le patrimoine, quel que soit l'âge : une inspection caméra initiale fixe l'état de référence. Ensuite, tous les un à deux ans sur les tronçons sensibles, et systématiquement avant une cession, une restructuration ou après des curages haute pression répétés.
Un audit de l'état des réseaux sur un site pilote
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