Article du dossier

Ventilation primaire obstruée : le point de contrôle en toiture terrasse que personne ne fait

Toute colonne de chute se prolonge au-dessus du dernier appareil jusqu'à la toiture, où elle débouche à l'air libre. C'est la ventilation primaire : elle évacue les gaz du réseau et empêche les dépressions qui vident les siphons. Elle ne figure dans aucun contrat de maintenance, personne ne monte la vérifier, et une part des odeurs inexpliquées d'un immeuble se règle en toiture terrasse plutôt que dans les gaines.

Mis à jour le · Rédaction ALSBOM

À quoi sert la ventilation primaire

Une colonne de chute reçoit les eaux des appareils étage par étage. Au-dessus du dernier raccordement, elle continue, vide, jusqu'à la toiture, où elle débouche par un chapeau ou une sortie protégée. Cette portion ne transporte pas d'eau : elle transporte de l'air et des gaz.

  • Elle évacue les gaz produits par la décomposition des matières dans le réseau, vers l'extérieur, au-dessus des locaux. Sans elle, ces gaz montent dans la colonne et sortent par le premier défaut.
  • Elle équilibre les pressions. Quand une chasse d'eau descend, elle pousse l'air devant elle et en aspire derrière. La ventilation laisse entrer l'air nécessaire par le haut ; sinon, la dépression se prend sur les siphons des étages et les vide.
  • Elle sèche la colonne entre deux écoulements par un léger tirage, ce qui limite la fermentation des dépôts.

Les règles de l'art (NF DTU 60.1 et 60.11) demandent une ventilation primaire par colonne, au diamètre de la colonne, débouchant à l'air libre et à distance des prises d'air. Dans le dossier odeurs persistantes dans un immeuble tertiaire, elle est la deuxième cause à vérifier après les siphons, parce qu'elle explique les odeurs qui touchent toute une colonne de sanitaires sur plusieurs étages.

Comment une ventilation primaire cesse de fonctionner

CauseComment cela arriveOù le voir
Chapeau ou sortie obstruésNid d'oiseau ou d'insectes, feuilles, débris de chantier, gravillons de la toiture, givreEn toiture, à vue
Étanchéité refaite par-dessusLors d'une réfection de toiture terrasse, la sortie est coupée ou recouverte ; personne n'a le plan des colonnesColonne absente de la toiture, sortie qui ne débouche nulle part
Colonne coupée lors d'un réaménagement de plateauLe dernier étage est réaménagé, la colonne est déplacée ou bouchée sous le faux plafond, la ventilation n'est pas rétablieVentilation qui débouche dans un plénum, odeur au dernier étage
Regroupement de plusieurs colonnes sur une seule sortieÉconomie de percements en toiture ; la sortie unique est sous-dimensionnéeDépressions sur les colonnes les plus chargées
Clapet aérateur à membrane posé à la place de la sortieLors d'une rénovation, la sortie en toiture est remplacée par un clapet en combles ou en gaineLe clapet laisse entrer l'air mais ne laisse pas sortir les gaz ; il vieillit et fuit
Dépôts dans la partie hauteSur une colonne ancienne encrassée, les dépôts remontent au-dessus du dernier raccordementInspection caméra depuis la toiture

Le point commun de ces causes : elles surviennent lors de travaux qui ne concernaient pas le réseau d'évacuation. Le couvreur, l'entreprise d'aménagement et le mainteneur CVC ont chacun fait leur lot ; la ventilation n'était dans aucun.

Les symptômes qui désignent la toiture

Ce que l'on observeCe que cela dit
Odeur sur toute une colonne de sanitaires, sur plusieurs étages, plus forte en hautLes gaz ne sortent plus en toiture et montent dans la colonne
Siphons qui se vident sur des appareils utilisés, gargouillis dans les lavabos quand une chasse d'eau est tirée à l'étageDépression à chaque écoulement : la ventilation n'apporte plus d'air
Odeur apparue après une réfection de toiture ou un réaménagement du dernier étageSortie coupée ou recouverte pendant les travaux
Odeur plus forte par vent fort ou par temps chaudSortie obstruée partiellement ; le tirage ne s'établit plus
Un curage récent n'a rien changéLes dépôts n'étaient pas la cause ; le cheminement l'est

Le test fumigène tranche : injectée dans la colonne, la fumée doit ressortir en toiture. Si elle ressort ailleurs, ou nulle part, la ventilation est en cause.

Le contrôle annuel en toiture terrasse

Il prend une heure sur un immeuble courant, avec le plan des colonnes et un accès à la terrasse. Il se fait une fois par an, et systématiquement après une campagne d'étanchéité ou de réaménagement du dernier niveau.

  1. Compter les sorties et les rapprocher du nombre de colonnes sur le plan. Une colonne sans sortie est une colonne dont la ventilation a été coupée quelque part.
  2. Vérifier chaque chapeau : dégagé, non écrasé, grille en place, pas de nid ni de débris.
  3. Vérifier la hauteur et la position : la sortie dépasse la toiture et les acrotères, et se tient à distance des prises d'air neuf des centrales de traitement d'air et des fenêtres du dernier étage.
  4. Repérer les regroupements de plusieurs colonnes sur une sortie unique, et leur diamètre.
  5. Repérer les clapets aérateurs posés en remplacement d'une sortie, en gaine ou en combles.
  6. Contrôler le tirage sur les colonnes suspectes : fumigène depuis la toiture ou depuis un regard, la fumée doit sortir par le chapeau.
  7. Consigner le résultat dans le dossier réseaux de l'immeuble, avec des photos datées.

Le cas des clapets aérateurs à membrane

Un clapet aérateur (ou clapet équilibreur de pression) est une membrane qui s'ouvre quand la colonne se met en dépression pour laisser entrer de l'air, et se ferme le reste du temps. Posé en gaine ou en combles, il évite un percement en toiture. Il rend un service, celui d'équilibrer les pressions, et n'en rend pas un autre : il ne laisse pas sortir les gaz. Une colonne ventilée uniquement par un clapet accumule ses gaz, qui sortent par le premier défaut.

Sa membrane vieillit, se déforme ou se colle ; un clapet qui fuit est une sortie de gaz permanente dans un faux plafond. Les règles de l'art le réservent aux colonnes secondaires et imposent qu'au moins une ventilation débouche en toiture. Sur un immeuble tertiaire, la question à poser lors du contrôle est simple : la colonne a-t-elle une sortie à l'air libre, oui ou non.

Rétablir la ventilation

  • Sortie obstruée : dégagement, remplacement du chapeau, grille anti-intrusion. Une intervention courte, depuis la toiture.
  • Sortie coupée ou recouverte : rétablissement du percement avec le couvreur, sous la responsabilité du propriétaire ; l'étanchéité est reprise autour de la sortie.
  • Colonne coupée sous un faux plafond : reprise de la colonne jusqu'à la toiture, ou raccordement à une ventilation voisine correctement dimensionnée.
  • Clapet en remplacement : rétablissement d'une sortie en toiture sur au moins une colonne du groupe ; le clapet peut rester en complément.

Sur les recherches d'odeurs menées par ALSBOM, la ventilation primaire est contrôlée dès l'enquête de terrain, et le test fumigène en donne la preuve. Rétablir une sortie coûte moins cher qu'un curage, et règle une odeur qu'aucun curage n'aurait touchée.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la ventilation primaire d'une colonne de chute ?

Le prolongement de la colonne au-dessus du dernier appareil jusqu'à la toiture, au même diamètre, débouchant à l'air libre. Elle évacue les gaz du réseau à l'extérieur et laisse entrer l'air qui équilibre les pressions lors des écoulements, ce qui protège la garde d'eau des siphons.

Quels sont les signes d'une ventilation primaire obstruée ?

Une odeur sur toute une colonne de sanitaires, plus forte en haut ; des gargouillis et des siphons qui se vident quand une chasse d'eau est tirée à l'étage ; une odeur apparue après une réfection de toiture ou un réaménagement du dernier étage ; un curage récent qui n'a rien changé.

Un clapet aérateur remplace-t-il la sortie en toiture ?

Non. Il laisse entrer de l'air pour équilibrer les pressions mais ne laisse pas sortir les gaz, et sa membrane vieillit. Au moins une ventilation par groupe de colonnes doit déboucher à l'air libre en toiture ; le clapet ne sert qu'en complément sur des colonnes secondaires.

Qui doit contrôler la ventilation primaire, et à quelle fréquence ?

Personne ne l'a dans son lot par défaut : il faut la confier explicitement au prestataire des réseaux d'évacuation ou au mainteneur multitechnique. Une fois par an en toiture terrasse, et après chaque campagne d'étanchéité ou de réaménagement du dernier niveau.

Le dossier complet : l'odeur dans un bâtiment occupé

Cet article fait partie du dossier sur les odeurs persistantes en immeuble tertiaire : lire l'odeur, ce que le gestionnaire vérifie en 48 heures, la recherche d'odeurs en site occupé, la réponse aux occupants.

Lire le dossier