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Odeur d'œuf pourri sur un plateau : ce que dit l'H₂S, et ce qu'on répond au CSE
L'odeur d'œuf pourri est la seule odeur de canalisation qui arrive avec une question sanitaire attachée. Un collaborateur a cherché, a lu « gaz toxique », et la question est à l'ordre du jour du prochain CSE. Le directeur de site a besoin de deux choses : comprendre ce que dit cette odeur, et répondre avec des seuils et une chronologie plutôt qu'avec une intention.
Ce qu'est cette odeur
Le sulfure d'hydrogène se forme quand des matières organiques se décomposent sans oxygène : dans les eaux vannes, dans une fosse de relevage, dans un bac à graisses saturé, dans une colonne où les dépôts fermentent, dans un réseau public en charge. Il est incolore, plus lourd que l'air, et le nez humain le perçoit à des concentrations infimes, de l'ordre de quelques millièmes de partie par million. C'est pour cela qu'une fuite minuscule dans un réseau suffit à faire remonter une plainte sur tout un plateau.
Cette sensibilité a une contrepartie : à forte concentration, le gaz sature l'odorat et l'on cesse de le sentir. C'est ce qui le rend dangereux dans les espaces confinés, et c'est aussi ce qui permet de dire qu'une odeur perçue sur un plateau de bureaux correspond à des concentrations faibles. Le dossier odeurs persistantes dans un immeuble tertiaire traite du diagnostic et du traitement ; cet article répond à la question sanitaire.
Les seuils, pour situer ce que sent un plateau
| Concentration | Ce que cela représente |
|---|---|
| 0,005 à 0,3 ppm | Seuil de perception olfactive selon les personnes ; l'odeur d'œuf pourri est nette bien avant 1 ppm |
| 5 ppm | Valeur limite d'exposition professionnelle sur huit heures (VLEP réglementaire en France) |
| 10 ppm | Valeur limite d'exposition sur quinze minutes |
| 20 à 50 ppm | Irritation des yeux et des voies respiratoires après une exposition prolongée |
| 100 ppm et plus | Perte de l'odorat, danger immédiat pour la santé ; ne concerne que les espaces confinés |
Ces valeurs sont celles des fiches toxicologiques de référence (INRS, fiche n° 32). Ce qu'elles disent pour un immeuble de bureaux : une odeur perçue à un poste de travail correspond typiquement à des concentrations cent à mille fois inférieures à la valeur limite sur huit heures. La gêne est réelle, elle peut s'accompagner de maux de tête ou de nausées liés à l'odeur elle-même, et elle justifie une action rapide. Elle ne constitue pas une exposition au sens de la réglementation, ce qu'une mesure au détecteur permet d'établir si le CSE le demande.
Où est le vrai risque
Le sulfure d'hydrogène est plus lourd que l'air : il s'accumule dans les points bas et les volumes fermés. Les situations à risque dans un immeuble tertiaire sont connues et ne sont pas sur les plateaux.
- Les fosses et postes de relevage, en sous-sol : on n'y descend pas sans ventilation forcée, détecteur et procédure d'espace confiné.
- Les regards et chambres de visite du réseau, surtout après une période sans écoulement ou par temps chaud.
- Les locaux techniques fermés où passe un ouvrage saturé (bac à graisses, séparateur) et dont la ventilation est arrêtée.
- Les interventions de curage ou de vidange : le gaz est libéré quand on remue les dépôts. C'est aux techniciens de s'en protéger, avec leurs détecteurs et leur ventilation.
Le gaz est aussi corrosif pour les métaux et les bétons : une odeur d'œuf pourri qui dure depuis des mois dans un sous-sol signale un ouvrage qui se dégrade, pas seulement un inconfort. C'est l'argument qui parle au propriétaire.
D'où vient l'odeur sur un plateau
Puisque le gaz est produit dans le réseau, l'odeur sur un plateau signifie toujours qu'un passage existe entre le réseau et le local. Les sources et les cheminements les plus fréquents :
| Source du gaz | Cheminement jusqu'au plateau | Ce qui le confirme |
|---|---|---|
| Colonne d'eaux vannes ou dépôts qui fermentent | Siphon sec d'un sanitaire condamné ou d'un point d'eau inutilisé | Remise en eau et observation sous 48 heures |
| Colonne dont la ventilation en toiture est obstruée | Gaz refoulés dans la colonne, siphons vidés par dépression | Contrôle en toiture, test fumigène |
| Fosse de relevage ou bac à graisses saturé en sous-sol | Gaines techniques, trémies, regards non étanches | Inspection des ouvrages, traceurs |
| Réseau public en charge (temps de pluie) | Branchement, regard de pied d'immeuble, défaut d'étanchéité | Odeur corrélée à la météo, fumigène |
| Raccordement abandonné lors d'un réaménagement | Évacuation ouverte sous un plancher ou derrière une cloison | Test fumigène, inspection caméra |
Ce qu'on répond au CSE
La réponse qui tient devant un CSE n'est ni une promesse ni une minimisation : c'est une chronologie et des faits. Les éléments de langage ci-dessous se reprennent tels quels, en remplaçant les dates.
- Le fait. « Une odeur d'œuf pourri a été signalée le [date] au [étage, zone]. Elle correspond à du sulfure d'hydrogène, un gaz produit dans les réseaux d'évacuation. »
- Le cadrage. « À la concentration où le nez le perçoit, ce gaz est gênant mais très en dessous des valeurs limites d'exposition professionnelle, fixées à 5 ppm sur huit heures. Une mesure au détecteur a été [réalisée / programmée] le [date] pour le confirmer. »
- Les premières actions. « Les points d'eau du secteur ont été remis en eau le [date] ; les locaux concernés ont été ventilés ; les sanitaires [zone] ont été [condamnés / remis en service]. »
- Le diagnostic. « Une recherche d'odeurs (enquête, test fumigène, inspection caméra) est programmée le [date], en dehors des heures d'occupation. Son rapport identifiera la source et les travaux. »
- Le suivi. « Les occupants sont invités à signaler chaque perception avec le lieu et l'heure ; ces signalements sont consignés et transmis. Un point sera fait au prochain CSE. »
Agir : les 48 heures, puis le diagnostic
Les deux premiers jours servent à écarter les causes bénignes et à constituer le dossier : remise en eau de tous les siphons du secteur, aération, relevé des lieux et des heures, liste des travaux récents. Si l'odeur revient, la cause est un cheminement, et le geste suivant est une recherche d'odeurs, pas un curage.
Sur un site occupé, la recherche se déroule en une journée ou une nuitée : enquête auprès des occupants, test fumigène, traceurs, inspection caméra, rapport avec la source et les actions classées entre entretien, réparation et travaux. C'est ce déroulé qu'ALSBOM applique depuis plus de dix ans sur des bureaux, des écoles et des établissements recevant du public, où la question sanitaire se pose avec la même acuité.
Questions fréquentes
Une odeur d'œuf pourri dans des bureaux est-elle dangereuse pour les salariés ?
Aux concentrations qui déclenchent une plainte sur un plateau, le sulfure d'hydrogène est gênant et peut provoquer maux de tête ou nausées liés à l'odeur, mais il reste très en dessous des valeurs limites d'exposition professionnelle (5 ppm sur huit heures, 10 ppm sur quinze minutes). Le danger réel concerne les espaces confinés : fosses, regards, locaux techniques fermés.
Comment prouver au CSE que la concentration est faible ?
Par une mesure au détecteur de sulfure d'hydrogène, réalisée sur le plateau aux heures où l'odeur est perçue, consignée avec la date et le lieu. Les détecteurs portatifs mesurent au dixième de ppm ; une lecture nulle ou de quelques dixièmes situe la gêne très loin des seuils.
D'où vient une odeur d'œuf pourri dans un immeuble de bureaux ?
Du réseau d'évacuation : eaux vannes, colonne dont les dépôts fermentent, fosse de relevage ou bac à graisses saturés, réseau public en charge. Elle atteint le plateau par un passage : siphon sec, ventilation en toiture obstruée, raccordement abandonné, défaut d'étanchéité. La recherche d'odeurs localise ce passage.
Faut-il évacuer un plateau qui sent l'œuf pourri ?
Non, sauf perception très forte et soudaine en sous-sol ou dans un local fermé, où l'on ventile et l'on n'entre pas sans détecteur. Sur un plateau de bureaux, la conduite est d'aérer, de remettre en eau les siphons, de consigner les signalements et de programmer le diagnostic.
Le dossier complet : l'odeur dans un bâtiment occupé
Cet article fait partie du dossier sur les odeurs persistantes en immeuble tertiaire : lire l'odeur, ce que le gestionnaire vérifie en 48 heures, la recherche d'odeurs en site occupé, la réponse aux occupants.
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